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Les mines d'or du Châtelet

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Index de l'article

Mine d or du Chatelet 12 thmbLes mines d’or du Châtelet

LES MINES D’OR DU CHÂTELET

Après la publication, dans le Bulletin N° 33, du dossier consacré au bassin houiller de Bosmoreau, un de nos adhérents m’avait suggéré de retracer l’histoire de la mine d’or du Châtelet. Le hasard faisant bien les choses, il se trouve qu’avant d’être nommé à Bosmoreau, j’avais enseigné à Chambon-sur-Voueize, à quelques kilomètres de la mine qui était encore en cours d’exploitation. C’est donc avec beaucoup d’intérêt que j’ai donné suite à cette proposition.

Je dois tout d’abord remercier M. Jacques Constantin, maire de Budelière, qui m’a spontanément apporté son concours. Après nous avoir fait visiter, à mon épouse et à moi-même, Le Châtelet et quelques autres superbes sites de sa commune, il m’a procuré un ouvrage aujourd’hui épuisé : La mine d’or du Châtelet (Creuse) 1905-1955 de Pierre-Christian Guiollard[1] (co-édition ACIAI / P. Ch. Guiollard), auquel la plupart des informations sont empruntées.

Pierre-Christian Guiollard[1] est un chercheur spécialisé dans l’histoire des techniques minières, et l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés aux charbonnages et aux mines d’or.

Un peu d’histoire (et de géographie)

Le Châtelet, appelé autrefois Le Chastelet-Landret (ou Landré), était une paroisse qui devint une commune à la Révolution (Landret sur-Tardes). La paroisse voisine de Sainte-Radegonde[2] avait été elle aussi été érigée en commune et fut, en 1834, rattachée à celle du Châtelet.

En 1851, le chef-lieu fut transféré à Budelière[3]. A la fin du siècle, le village du Châtelet avait disparu, à l’exception de son église dont nous reparlerons. Mais l’exploitation de la mine vit la renaissance du village sous la forme d’une cité ouvrière construite de 1907 à 1913 (voir ci-dessous : L’étonnant village du Châtelet).

Mine d or du Chatelet 01"La Creuse, contribution à la sauvegarde de son patrimoine" De Jean Picaud Aux Editions Repro Service 23, 2002

Budelière fait partie du canton de Chambon-sur-Voueize. Elle est située à 6 km de cette petite cité célèbre par son abbatiale, et à 18 km de Montluçon qui draine toute l’activité économique de cette partie de la Combraille.

La population de la commune est actuellement de 750 habitants. La gare de Budelière-Chambon a été démolie il y a quelques années. Elle était située sur la ligne Montluçon-Eygurande[4], dont le trafic a été suspendu en 2008, et empruntait le viaduc sur la Tardes construit par Gustave Eiffel, situé tout près du Châtelet.


Agrandir le plan

Quand le rail roule sur l’or

C’est le rail qui a permis la découverte de l’or.

En 1896, les travaux de construction de la gare de Budelière-Chambon mettent à jour des filons de quartz aurifère. Une personne compétente, M. Théodore Lassalle, le signale à la préfecture. D’autres filons sont ensuite découverts au Châtelet. Une analyse indique qu’ils contiennent 11g d’or à la tonne, mais Théodore Lassalle ne peut obtenir l’autorisation d’exploiter.

Mine d or du Chatelet 03La gare (démolie en 1992 à la suite d’un incendie) (collection Philippe Couty)



[1] - Pierre-Christian Guiollard, photographe, né en 1954 est spécialisé depuis plus de dix ans dans l'histoire des techniques minières, charbonnages et mines d'or principalement
Auteur-éditeur, il publie à compte d'auteur en 1983 un premier ouvrage sur les mines des Cévennes, terre de ses ancêtres Mineurs de charbon. Pendant plusieurs années il se consacrera à l'étude des machines d'extraction et à l'architecture des chevalements dont le résultat sera publié en 1989 dans un important ouvrage qui fait aujourd'hui référence en archéologie industrielle. En 1988 paraîtra " Mines d'or, petite histoire des grandes mines d'or françaises " qui constitue le point de départ d'une série consacrée aux différentes mines d'or françaises. Une étude historique et technique sur la mine du Châtelet (Creuse) sera éditée par l'ACIAI

[2] - La paroisse se nommait Le Chastelet-d’Entraigues avant de prendre le nom de Sainte-Radegonde. Fille d’un roi de Thuringe, Radegonde épouse le roi de France Clotaire 1er, fils de Clovis. Son frère ayant été tué par son époux, elle se retire du monde et fonde un monastère pour femmes à Poitiers. Son autorité demeure grande dans tout le royaume. Venue se recueillir sur les lieux de l’ermitage de Saint Marien, situé tout près, elle fait halte en ce lieu. Une église lui est dédiée, un village naît. Il a disparu, mais on repère l’emplacement des maisons et du cimetière. Seule l’église, devenue chapelle, se dresse encore dans un site magnifique surplombant les gorges encaissées du barrage de Rochebut.

[3] - Le village d’Entraigues fut attaché à la commune d’Evaux-les-Bains.

[4] - Dans le Cahier des Amis de la Creuse n° 4, intitulé Les chemins de fer en Creuse d’hier à aujourd’hui, nous décrivons cette ligne en relatant la mésaventure survenue à Gustave Eiffel lors de la construction du viaduc.


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Mine d or du Chatelet 04La concession (document Guiollard)En 1902, un Bourguignon spécialiste des recherches et de l'exploitation gisements miniers, Hippolyte Marlot, s'intéresse à ces découvertes, prospecte la région et détecte d'autres filons dont les analyses indiquent que la quantité d'or peut atteindre 75g par tonne.

Il s'assure le concours d'un groupe financier (dont fait partie Pierre Curie), et les travaux commencent en 1905, avant l'obtention de la concession. C'est Victor Lassalle, le fils de Théodore, qui dirige les travaux.

En 1907, la SOCIETE ANONYME DES MINES D'OR DU CHÂTELET est constituée. D'un capital de six millions de francs, divisé en 12 000 actions de 500 francs, elle a son siège social rue Vignon à Paris. La concession est ensuite accordée pour une superficie de 782 hectares. Le capital sera augmenté à plusieurs reprises.

 

Le gisement

Il est constitué d'une série de filons plus ou moins enchevêtrés, constitués de quartz et granulites aurifères, enchâssés dans le granit

Ces filons, d'une épaisseur moyenne d'un mètre (mais pouvant atteindre 9m), descendent en oblique entre les niveaux 336 et 60, altitudes par rapport au niveau de la mer. Ils ont été délimités depuis le début de l'exploitation sur une surface de 1600m de long et 500m de large.

Ils sont situés à l'est de la Tardes et quelques uns débordent à l'ouest.

Mine d or du Chatelet 05Premiers travaux sur le filon Emile, au niveau 336, sur la route d’Evaux. (Document Guiollard)

L'extraction

Elle se fait tout d'abord par trois puits :

  1. le puits de la gare ou puits Hippolyte[1] (du nom du découvreur). Foncé dès 1905, il n'est utilisé que jusqu'en 1913 : il est alors relié au puits du Percepteur.
  2. le puits de la Montenelle, fondé en 1913 sur le filon Maurice, puis relié à l'usine. Abandonné en 1932.
  3. le puits du Châtelet, ou puits du Percepteur, ainsi nommé parce que les premiers travaux furent inaugurés en 1906 par le percepteur de Chambon (un fonctionnaire honoré !).

D'une profondeur maximum de 263m, il comprend neuf étages aménagés auxquels aboutissent les galeries tracées dans les filons et les travers-bancs, galeries recoupant les filons et les zones intermédiaires.

Mine d or du Chatelet 06Entrée du travers-banc de la Montenelle. (document Guiollard)

Plusieurs cages actionnées par un treuil montent le minerai à la surface et descendent les ouvriers[2]. Les conditions de descente sont draconiennes : trois ouvriers par benne, assis; défense de passer la tête, les bras et les jambes hors de la cage, même à l'arrêt; vérification par un encageur de toutes les conditions de sécurité; le tout sous la surveillance d'un chef de poste.

Mine d or du Chatelet 07Le chevalement métallique du puits du Percepteur en 1909. (Document Guiollard)



[1] - Il était d'usage de donner aux puits et aux filons les prénoms des fondateurs ou de membres de leur famille.

[2] - Jusqu'en 1910, les ouvriers descendaient et remontaient par des échelles, ce qui était long et fatigant.


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Le minerai est attaqué au début à l'aide d'explosifs, puis à partir de 1910 à l'aide de marteaux perforateurs pneumatiques pour l'abattage des roches tendres et le forage des trous de mine, mais la poussière produite est considérable et inquiète déjà les dirigeants. En 1912, on installera des ventilateurs et des capteurs de poussière. Les effets de la silicose commencent à se faire sentir en 1932 (2 morts, puis 4 en 1933). Ce n'est qu'en 1930 que tous les marteaux perforateurs seront à injection d'eau.

L'abattage se fait par tranches de deux mètres. Deux méthodes ont été employées pour améliorer le rendement : abattage par dépilage et remblayage d'abord, puis, après 1925, abattage par gradins renversés qui permet une diminution de la consommation de bois de 30% et un doublement du rendement du mineur.
Le roulage du minerai est effectué par des berlines circulant sur des voies de 60cm d'écartement, la traction étant assurée par des manœuvres ou par des ânes. Des chevaux étaient employés à l'extérieur.

Le plan ci-dessous donne une idée de l'ampleur des travaux.

Mine d or du Chatelet 08Plan (Documents Guiollard)

Ces autres représentations illustrent la minutie des relevés topographiques, régulièrement mis à jour.

Mine d or du Chatelet 09LENTILLES BERTHE - EMILE - HENRI (Documents Guiollard)

 

Mine d or du Chatelet 10Filon Albert (Documents Guiollard)

Difficultés rencontrées

Durant toute l'exploitation, deux difficultés handicapent le rendement :
1. l'irrégularité du gisement.

Les teneurs du minerai sont très variables. Par exemple, dans le filon Emile, la teneur varie entre 60g et 20 g par tonne ; dans le filon Albert, de 535 à 13g. On trie le minerai au jour pour éliminer, après analyse, celui qui est stérile. (voir l'illustration ci-dessous p. ??)

2. le traitement du minerai.

Au Châtelet, la substance aurifère, le mispickel, est disséminée dans le quartz. L'or n'est pas libre, son traitement n'est pas simple et donc très coûteux. Le minerai nécessite une oxydation préalable dans un four afin d'oxyder les sulfures et libérer l'or.
Différentes méthodes furent expérimentées et nécessitèrent la construction successive de plusieurs usines.


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Différentes méthodes furent expérimentées et nécessitèrent la construction successive de plusieurs usines.

Les différentes usines

En 1905, on construit une usine semblable à celles qui étaient utilisées en Afrique du Sud pour des minerais à or libre. C'est une erreur monumentale. Une deuxième usine est construite en 1907, puis une troisième en 1909,sur le modèle des usines australiennes qui traitaient des minerais analogues à ceux du Châtelet. Ses performances sont bien supérieures à celle de l'usine précédente, et seront améliorées jusqu'en 1914. C'est à cette époque que la production sera la plus importante. Le Châtelet est alors la première mine d'or de France.

Mine d or du Chatelet 11Visite du Conseil d’administration vers 1910

A la suite de la déclaration de la guerre, la mine et l'usine sont arrêtées. Elles sont entretenues jusqu'en 1918, date à laquelle on décide de noyer la mine. Son dénoyage sera entrepris en 1922.

De 1919 à 1922, les stations de broyage de l'usine sont utilisées pour produire de la barytine à partir du sulfate de baryte, industrie peu développée en France. La société acquiert une autre usine et d'autres gisements en France, mais le manque d'expérience et d'organisation entraîne des pertes importantes et l'abandon de cette production.

Mine d or du Chatelet 12Vue d’ensemble de la mine.
(collection Philippe Couty)

L'activité reprend en 1923. Les méthodes de traitement sont encore modifiées afin de diminuer les frais. Divers essais et tâtonnements, avec des erreurs ou des mises au point difficiles se succèdent jusqu'en 1927, où l'usine est modernisée et sa capacité de traitement augmentée (120 tonnes de minerai par jour).

Durant la deuxième guerre mondiale, des difficultés financières et diverses restrictions handicapent la production de la mine qui maintient néanmoins son activité.

Voici un exemple du traitement mis en place en 1926 qui montre sa complexité[1] : extraction – broyage et concassage (broyeurs à cylindres et à boulets, tubes mills) – concentration (cellules de flottation) – séchage – grillage (fours Merton) – cyanuration ( mélange de chaux et de solution cyanurée, 6 cuves de 40 tonnes) – précipitation (caisse contenant des copeaux de zinc) – dissolution du zinc (acide sulfurique) – fusion – or en lingots.

Mine d or du Chatelet 13Les cuves de malaxage. (collection Philippe Couty)

 

 Mine d or du Chatelet 14Construction de la charpente des fours Merton (collection Philippe Couty)

 

Mine d or du Chatelet 15Les fours Merton. (document Guiollard)



[1] Alors que, dans les bassins houillers, les 2/3 du charbon brut, après triage, criblage et lavage, peuvent être commercialisés.


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Déséquilibre du système d'exploitation

L'irrégularité de la teneur en or du gisement et les difficultés du traitement, que nous avons évoquées, ont toujours handicapé la mine du Châtelet.

Dans la première période, de 1905 à 1914, les efforts d'extraction portent sur les gisements riches alors que l'usine n'est pas performante (capacités limitées et rendement moyen). Au début, des lots de minerai sont même vendus à l'Etablissement métallurgique de Vienne (Isère) tandis que les cendres, les boues aurifères et les scories de fusion sont envoyées à la Société des Cendres de Paris qui en retirent une petite quantité d'or fin.

A la reprise en 1923, l'usine est construite en fonction de la production de 1914. Elle ne peut fonctionner à plein rendement car les réserves de minerai riche ayant fortement diminué, il faut faire appel aux réserves non exploitées. Lorsque ces réserves diminuent, on limite la production pour éviter de les épuiser trop rapidement et on intensifie les travaux de recherche pour relancer l'activité.

En 1924, un sérieux conflit éclate entre la mine et l'usine, cette dernière accusant la première de ne pas fournir de minerai assez riche et d'être la cause de ses difficultés.

En 1908 et 1909, des recherches avaient été effectuées dans une douzaine de secteurs de communes avoisinantes : Chambon, Evaux, Château-sur-Cher. Elles avaient finalement été abandonnées. Le gisement de Château-sur-Cher sera cependant quelque peu exploité ultérieurement.

Influence des conditions économiques

Les conditions économiques ont souvent d'importantes conséquences sur le fonctionnement de la mine.

En 1923 par exemple, lors de la reprise de l'activité minière, l'augmentation du coût de matières premières, du matériel et de la main-d'œuvre multiplie par 3,5 le prix de la tonne de minerai.

Au début de la seconde guerre mondiale, l'augmentation des prix dépasse les 40%.

Ces variations créent des difficultés financières et une diminution de la main-d'œuvre qui nuisent à l'exploitation rationnelle de la mine.

Mine d or du Chatelet 16Un lingot

Influence du cours de l'or

Enfin la mine a été tributaire des fluctuations du cours de l'or qui ont été tantôt bénéfiques et tantôt désavantageuses.

En 1927, la revalorisation du franc est la cause d'une baisse importante.

En 1937, une hausse permet de reprendre des travaux délaissés. Elle se poursuit jusqu'en 1939, permettant à la Société d'entreprendre des investigations dans le nord du Canada

Pendant la guerre, le prix de l'or étant bloqué, l'Etat décide d'accorder une subvention aux producteurs d'or, subvention qui sera versée souvent avec beaucoup de retard.

En 1948, la réouverture du marché de l'or provoque une hausse considérable du cours : le prix du kilo bloqué aux environs de 50 000 F depuis 1939 dépasse les 500 000 F, atteint presque 700 000 f en 1949, pour baisser en 1950, ce qui portera un coup fatal au Châtelet.

Fin de la mine

En 1951, les frais d'exploitation se sont considérablement accrus.

En 1952, les difficultés continuent. D'autres mines d'or sont dans la même situation.

En 1953 une subvention de 5 millions est accordée, mais le prix de l'or baisse.

En 1954, le prix de l'or continue de baisser. Il est payé environ 10 fois moins qu'en 1939 alors que les prix ont été multipliés par 25. L'Etat refuse une nouvelle subvention alors qu'elle reconduit celle de Malsigne (Aude). La mine vit sur ses réserves. 40% du personnel est licencié.

En 1955, elle procède à de nouveaux licenciements et arrête l'extraction le 10 avril. C'est la fin.

Mine d or du Chatelet 17Vue d’ensemble des installations de la mine vers 1935 (document Guiollard)


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La production

La production totale d'or extrait de la mine a été de 15,375 tonnes, mais celui de l'or récupéré de 10,973 tonnes, car 4,402 tonnes ont été perdues dans l'atmosphère, les suies et les résidus de traitement.

Nous présentons ci-dessous un tableau concernant la production de quelques années significatives.

Année
Minerai extrait
(en tonnes)
Teneur en or
(%)
Minerai traité
(en tonnes)
Poids d’or fin
Profits et pertes

1906

4 192

32,50

1 072

20

1910

32 759

29,50

29 454

523

+ 319 000

1912

40 346

42,80

32 863

1 012

+ 1 800 000

1913

39 166

33,40

40 276

921

+ 1 372 000

1923

3 421

33,00

3 421

67

+ 2 000

1924

17 800

31,00

17 800

551

- 1 166 000

1929

30 102

16,20

30 070

436

+ 804 000

1935

8 250

35,00

8 309

218

+ 7 000

1945

2 952

14,80

2 944

31

+ 242 000

1949

10 518

16,40

9 596

141

+ 3 647 000

1952

13 240

18,51

13 240

245

- 10 000

1955

1 637

27,50

1 600

49

Les bénéfices servaient souvent à réduire les déficits antérieurs.

Ce tableau nous montre que les plus grands bénéfices ont été réalisés :

  • avant la guerre de 1914, alors que l'on exploitait un peu aveuglément les filons les plus riches ;
  • en 1949, grâce à un programme de modernisation de l'usine permettant d'améliorer le prix de revient, et au cours très élevé de l'or qui s'est maintenu à 684 000 francs le kilo en moyenne sur l'ensemble de l'année.

Les nuisances

Dès le début, les fours de grillage de l'usine produisent une quantité considérable de poussières qui s'échappent par la cheminée. Ces poussières contiennent de l'acide sulfureux et provoquent une pollution importante : dégâts sur les cultures environnantes, dépérissement des plantes et des arbres, empoisonnement d'animaux, rejet d'arsenic dans la rivière... Cette pollution sera la source de litiges entre la mine d'une part, et les propriétaires des alentours, l'administration des mines et même la préfecture d'autre part

On plante 200 arbres dans la cité en 1911 et d'autres en 1912 pour ''mettre un peu de verdure autour des maisons''

Mine d or du Chatelet 18La cité ouvrière. (collection Philippe Couty)

On installe des chambres à poussières à la sortie des fours à la fois pour récupérer l'or qu'elles contiennent et diminuer la pollution, mais leur mise au point sera longue, difficile et jamais parfaite. En 1925, on arrivera toutefois à récupérer de l'arsenic, dont le cours est élevé, pour en tirer un certain profit.

En 1936, on essaie de retraiter les résidus de cyanuration, mais cela sera également long et difficile à mettre en place.

Le personnel

Les effectifs sont variables. Ils sont réduits :

  • lorsque l'usine n'absorbe pas toute la production ;
  • lorsqu'il y a des difficultés financières ;
  • lorsqu'il faut maintenir un équilibre qui préserve les réserves des filons.

Voici quelques chiffres indiquant le nombre d'ouvriers :

 1907 – mine : 199

1913 – mine : 337, usine : 240, total : 577

1928 - mine : 298, usine : 152, total : 450

1930 – mine : 107, usine :  56, total : 163

1935 – mine :  56, usine :  42, total :  98

1950 – mine : 124, usine :  28, total : 152

 

En 1934, on dénombrait 75 mineurs étrangers sur 118, et, en 1939, 42 sur 62 (20 Français, 17 Italiens, 12 Polonais, 9 Algériens, 3 Espagnols, 1 Grec).

Cette importance de la main-d'œuvre étrangère s'explique par la difficulté de recruter des ouvriers dans les environs car les salaires étaient souvent plus bas au Châtelet que dans les autres mines de la région.

Parmi les ouvriers, on trouvait des mineurs et des rouleurs (les plus nombreux), des boutefeux, des moulineurs, des encageurs, des boiseurs, des lampistes, des trieurs, des maréchaux, des forgerons, des maçons, des charpentiers, des machinistes, des électriciens, des surveillants, des chaudronniers, des chauffeurs, et parmi les membres du personnel technique et de la direction des géomètres, des comptables, des dessinateurs, des chimistes, des ingénieurs, des magasiniers et...le directeur général.

Avant la guerre de 1914, La Société employait des femmes à la lampisterie et au triage, et des enfants de 13 à 16 ans au roulage et au triage de jour.

Mine d or du Chatelet 19Les femmes au triage du minerai. (collection Philippe Couty)

L'emploi des marteau-piqueurs, introduit avant la Grande Guerre, se faisait à sec et produisait beaucoup de poussière. On installa alors des ventilateurs qui ne furent pas totalement efficaces. Ce fut le point de départ d'une maladie qui ne se révélera qu'ultérieurement : la silicose. Deux ouvriers en moururent en 1932 et d'autres plus tard. Une loi de 1945 imposa aux entreprises d'indemniser les victimes, et ce à effet rétroactif, ce qui fut une charge importante pour la Société. En 1930, tous les marteaux piqueurs étaient à injection d'eau, ce qui éliminait la poussière.

Mine d or du Chatelet 20La chambre chaude des mineurs construite en 1912 (bains douches avec vestiaires) (Document Guiollard)


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La cité ouvrière

Les premiers mineurs habitaient surtout à Chambon et à Evaux. Afin de retenir une main-d'œuvre difficile à trouver, la Société décida de construire une cité ouvrière à proximité de la mine.

A partir de 1907, elle fit édifier tout d'abord des bâtiments collectifs, puis des maisons destinées au directeur et aux contremaîtres, enfin des séries d'habitations pour les ouvriers et leur famille, dotées d'un jardin. En 1912, la cité comptait 68 maisons comprenant une centaine d'appartements de 2, 3, ou 4 pièces habités par 395 personnes. En outre, 92 ouvriers habitaient à Chambon et 45 venaient chaque jour par chemin de fer de Commentry, en passant par Montluçon.

A la même époque, l'eau courante est installée et un groupe scolaire construit.

La vie associative était très importante (fanfare, équipe de football...).

L'étonnant village du Châtelet

Lors de la fermeture de la mine, la Société proposa aux mineurs de devenir propriétaires de leur logement pour un mois de salaire. Ceux qui ne furent pas rachetés furent acquis par des particuliers.

Aujourd'hui, la cité ouvrière est devenue un village résidentiel d'une grande unité architecturale. Les maisons sont construites avec des pierres d'une couleur ocre plus ou moins foncée, disposées en mosaïque. Les encadrements des portes et des fenêtres ainsi que les angles de pignons, en briques rouges, font ressortir cette mosaïque de pierres colorées.

Photo Georges DelanglePhoto Georges Delangle

Au-dessus des portes et souvent sur toute la longueur des façades, des pierres rectangulaires plus foncées, disposées en arc de cercle, constituent un autre élément de décoration.

Mine d or du Chatelet 22(Photo Georges Delangle)

La petite école avec, d'un côté son préau et de l'autre le logement des enseignants, est ravissante. Elle est fermée depuis 1981.

Mine d or du Chatelet 23(Photo Georges Delangle)

Vers le haut du village, à l'extrémité d'un espace arboré, on découvre une vue superbe sur la vallée encaissée de la Tardes et le viaduc construit par Eiffel.

Mine d or du Chatelet 23b(Photo Georges Delangle)

C'est à pied, en prenant son temps, qu'il faut découvrir cet étonnant village.

L'église

L'église Saint-Martial, construite à la fin du XIIe siècle, complètement abandonnée depuis 1850, devint la propriété de la mine à laquelle elle servit d'entrepôt. C'est probablement cet usage qui l'a sauvée d'une ruine définitive.

Mine d or du Chatelet 24L’église avant l’installation de la mine. (Collection Philippe Couty)

Elle est très délabrée, mais son calvaire va bientôt se terminer car, redevenue propriété de la commune et classée Monument Historique en 1994, elle va être entièrement restaurée. Elle possède en effet des fresques qui ont été jugées exceptionnelles par M. Philippe Villeneuve, architecte en chef des Monuments Historiques. Cette administration est le maître d'œuvre des importants travaux qui vont être entrepris, et dont le coût est estimé à 728 651 € HT, financés par l'Etat (50 %), le Conseil régional (10 %), le Conseil général (17,5 %).

Pour financer le reste, la commue de Budelière, en partenariat avec la Fondation du Patrimoine, a lancé une souscription publique. Félicitons M. Constantin et son équipe municipale d'avoir entrepris cette restauration.

Mine d or du Chatelet 25Vue actuelle du clocher-mur de l’église (Photo Georges Delangle)

Avec la magnifique abbatiale Sainte-Valérie (le plus bel édifice roman du Limousin), l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul d'Evaux-les-Bains (à laquelle la pierre nue confère une austère majesté), le barrage de Rochebut dont les eaux remontent dans les vallées encaissées de la Tardes et du Cher, Le Châtelet pourrait contribuer à faire de cette région des Combrailles l'une des plus touristiques du département.

Les ruines de la mine

Dans le bas du village, sur les pentes de la vallée de la Tardes, se trouve la partie visible de la mine, avec un grand nombre d'installations, d'ateliers et de bâtiments, la plupart en ruines.

Mine d or du Chatelet 26(La Creuse à tire-d’aile, de Michel Berger et Robert Guinot, Berger M. Editions)

Cette vue aérienne permet de se rendre compte de l'importance de l'ancienne exploitation, située dans la boucle de la vallée de la Tardes. Au fond, à droite, on distingue une partie des importants dépôts de résidus de cyanuration et de suies.

Mine d or du Chatelet 27Vues d’anciennes installations (Photo Georges Deleangle)

 Mine d or du Chatelet 28Vues d’anciennes installations (Photo Georges Deleangle)


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La réhabilitation du site

Annoncé depuis plusieurs années, mais toujours retardé, la réhabilitation du site va enfin voir le jour.

C'est l'Etat qui va financer les travaux qui devraient durer trois ans et coûter de 3 à 4 millions d'euros.

Tout d'abord une digue de protection sera construite le long de la Tardes afin d'éviter toute contamination de la rivière.

Ensuite tous les déchets contaminés par l'arsenic (plusieurs milliers de tonnes) seront regroupés au centre du site où les rejoindront les bâtiments, restes d'ateliers et d'installations qui seront démolis.

Cet énorme tas sera recouvert d'une épaisse membrane destinée à assurer une étanchéité totale. Celle-ci sera à son tour recouverte de terre sur laquelle on pourra planter des végétaux. (Informations extraites de l'article d'Hervé Moisan paru dans La Montagne du 15 janvier 2009)

Mine d or du Chatelet 29Vue générale de Chambon-sur-Voueize

Mine d or du Chatelet 30Evaux-les-Bains Eglise Saint-Pierre et Saint-Paul

Petit tour d'horizon

Pendant cinquante ans, des mines d'or ont été exploitées au Châtelet. L'entreprise était risquée. Elle a, en effet rencontré beaucoup de difficultés, avec des périodes d'expansion et des périodes de récession. Elle a néanmoins survécu et maintenu une activité industrielle bénéfique pour toute la région.

Bientôt, c'est l'activité touristique qui devrait bénéficier de la réhabilitation du site et la restauration de l'église.

Avec la jolie petite cité de Chambon-sur-Voueize et son abbatiale Sainte-Valérie (le plus bel édifice roman du Limousin), la station thermale d'Evaux-les-Bains et son église Saint-Pierre-et-Saint-Paul (à laquelle la pierre nue confère une austère majesté), le site de la chapelle Sainte-Radegonde, le viaduc de Gustave Eiffel, le barrage de Rochebut dont les eaux remontent dans les gorges encaissées de la Tardes et du Cher, le Châtelet pourrait contribuer à faire de cette région de la Combraille l'une des plus touristiques du département.

Mine d or du Chatelet 31(Photo Georges Delangle)

Mine d or du Chatelet 32La vallée de la Tardes vue de la chapelle Sainte-Radegonde
Le pont suspendu se trouve sur la route qui relie Budelière à Entraigues et Evaux-les-Bains
(Photo Georges Delangle)

Georges Delangle

Avril 2009


 Les mlogo LaMontagneines d'or du Châtelet (Creuse), réputées pour produire l'or le plus pur de France, ont eu leur heure de gloire dans la magazine Voilà - Publié le 24/10/2020 à 11h11


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